COIN DES ORATEURS, LA VIE

September 19, 2018

CDO – VACANCES : ENVIES CONTRADICTOIRES.


 

Oratrice: Sibylle Rose – Retrouvez la sur son nouveau site : www.alaroze.com

 


Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé voyager.

J’avais 6 ans lors de mon premier vol long courrier et je découvrais alors qu’il existait des paysages complètement différents de ceux de Boulogne-Billancourt où j’habitais à l’époque. Ce fut mon premier contact avec l’Ailleurs, cette notion pleine de promesses qui nous ouvre les portes de la curiosité. Même si maintenant mes voyages antérieurs font pâles figures face à ceux de tous ces grands voyageurs que je compte dans mes connaissances ou que l’on peut observer sur instagram entrain de backpacker à travers le monde, je me suis toujours sentie reconnaissante envers mes parents de m’avoir offert de telles expériences. J’ai eu la chance de découvrir une petite partie du monde avec eux et ils m’ont aussi laissé partir régulièrement à l’étranger quand j’étais au lycée pour rejoindre des amis ou encore pour profiter de programmes d’échanges. Même si ce ne sont pas des grands voyageurs, ils ont toujours encouragé et soutenu cette envie.

J’ai conscience du privilège que cela représente, et parfois il peut arriver que nous l’oublions à force de voir nos amis éparpillés aux quatre coins du monde, partageant avec nous les paysages splendides dont la planète regorge. Nous oublions que notre liberté d’aller et venir de pays en pays tient à très peu de chose. Dans mon cas, j’ai la chance de vivre dans l’espace Schengen, de pouvoir partir en Europe en prenant simplement une carte d’identité, comme bon me semble… Ce luxe. J’ai grandi dans un environnement prônant cette ouverture, me montrant à quel point à quel point il est beau et simple de pouvoir partager avec des cultures différentes de la notre.

Je n’ai moi-même jamais été une grande voyageuse,  je n’ai jamais baroudé avec mon sac à dos dans la forêt hostile, je n’ai jamais été (pour l’instant) en Asie, en Afrique ou en Amérique du Sud. Je ne suis pas non plus expatrié pour une longue période. Mais j’ai toujours ressenti ce feu d’amour pour ce qui n’est pas Chez Moi. J’aimais le principe de me dire qu’il y avait d’autres endroits, avec d’autres moeurs, d’autres habitudes, et qu’une vie ne suffirait pas pour tout découvrir.

Depuis quelques temps je ressens des dynamiques contradictoires: je souhaite maintenant depuis des années retourner aux Etats-Unis. Un souhait qui m’habite, et se manifeste régulièrement dans mon quotidien. Sauf que voilà, la vérité c’est que je pourrais y aller et je n’y vais pas. Si c’était un besoin essentiel, je trouverais le moyen de le concrétiser.

Pendant mon adolescence, les vacances où je restais en France -la majorité de mes vacances donc- me semblaient gâchées car dans mon imagination rester ici était bien ennuyeux. Contre toute attente, ces dernières années une petite flamme s’est mise à brûler en moi. J’ai commencé à avoir envie de voir ce qui se trouvait près de chez moi, persuadée que des trésors s’y trouvaient mais que ma vision est trop obtuse pour les voir. La France est un pays avec des régions complètement différentes et je n’en connaissais pratiquement aucune.  

Je pense que tout cela a commencé il y a un peu plus de 5 ans. Après des années à bouder la Gironde pour les vacances d’été, car mon frère et moi préférions les stations balnéaires bondées où nos amis respectifs passaient aussi leurs vacances, j’ai eu envie de m’éloigner de tout ça.

Je ne me sentais plus de croiser la mère de Machin ou le frère de Truc en allant chercher le pain le matin, d’être toujours sur le qui vive et de toujours me penser dans le regard des autres. Je ne pouvais même pas profiter de ces vacances pour être avec mes amis puisqu’à l’époque aucune autonomie ne m’était donnée. La spontanéité est une notion très récente dans mon cercle familial.

Un beau jour, j’ai eu envie de retourner dans le Médoc. L’endroit que j’avais renié quelques années plus tôt. J’avais probablement dit à mes parents que je ne souhaitais “plus jamais y retourner, qu’on s’y faisait chier et qu’il n’y avait rien à faire à part s’emmerder”.

Après toutes ces années à passer mes vacances d’été en pleine ville, dans un milieu complètement urbanisé sans aucune trace de nature à part la plage qui nous rappelle son existence, il fallait que je retourne là bas, dans ma pinède, loin de tout tumulte.

Quand nous sommes revenus pour la première fois, j’ai retenu mes larmes le long de la route principale, interminable et bordée d’arbres. Je revenais à la maison. Aucun lieu que nous avions occupé depuis n’avait réussi à me faire ressentir ça : j’étais de retour chez moi. Je comprenais enfin. J’embrassais la douceur de vivre et simplicité. J’avais cru avoir besoin du clinquant, mais c’était de tranquillité dont j’avais besoin.

Toute ma perspective sur la minuscule station balnéaire ainsi que sur la région avait changé sans que je m’en rende compte. J’étais heureuse que tout y soit bringuebalant, qu’il n’y ait pas de trottoir bétonné, que les maisons aient de la végétation invasive qui grimpe autour d’elles, que tout ne soit pas tout propre, tout carré. Je suis heureuse quand je vois quelques magasins ré-ouvrant malgré tout dans la rue commerçante de Lesparre qui n’en est plus vraiment une. Je suis heureuse de voir que le coeur de Montalivet recommence à battre après quelques années en berne. Je suis heureuse de voir que des gens comme Mimi Thorisson mettent en lumière la région et que grâce à eux des touristes du monde entier peuvent être amenés à venir…

Au moment où mon coup de foudre à rebours pour la région s’opérait, je comprenais aussi que si mon petit paradis était en France, cela signifiait qu’il y en avait sûrement d’autres.

Maintenant, même si j’ai toujours envie de partir, de partir loin, j’apprends à découvrir ce qui m’entoure, à mon échelle. Moi qui n’avait jamais vraiment visité la Bretagne (alors que j’ai passé plus d’une décennie à Nantes…), j’y ai fait un road-trip avec mon père pendant une semaine. J’ai profité des prix relativement bas des intercités en partance de Paris pour aller à Rouen et y passer une journée ensoleillée avec des amies. Je suis allée pour la première fois de ma vie à Marseille. Je deviens une adepte de la randonnée pédestre en région parisienne. Je change de perspective sur mon pays, comme on le ferait vis-à-vis de soi dans un travail d’introspection. Cette curiosité qui nous habite, et qui nous donne envie d’aller voir ailleur est la même que celle qui me pousse (enfin !) à découvrir ce qui se trouve autour de moi.

 


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