COIN DES ORATEURS, LE VOYAGE

September 14, 2018

CDO – L’envers du décor d’Ha Long Bay


 

Oratrice: Anne Le Saint

 


 

Avant-propos : j’aime voyager et je ne m’octroie pas plus le droit que toi de visiter des endroits qui font rêver. J’ai simplement été amené au cours de quelques dernières vadrouilles à remettre en question ma façon de faire du « tourisme ». Entrons donc gaiement dans cette réflexion.

Vietnam, mars 2018

Au mois de mars, c’est l’heure du break entre deux boulots pour moi. Je me dirige en Asie du Sud Est et passe trois semaines en Thaïlande. J’en profite pour aller dans un pays voisin dans lequel j’ai toujours voulu traîner mes guêtres – tu l’auras deviné vu le sous-titre ci-dessus – le Vietnam.

Au programme : je passais quelques jours à Hanoï (♥) et en profitait pour découvrir la baie d’Ha Long (♥♥). Ce spot était pour moi un vrai terrain de jeux, source de légendes et de mystères, et je m’imaginais déjà voguer sur l’eau en parcourant touuute cette immensité, besace en cuir et longue vue à la main. Même si honnêtement je ressemblais plus à une blanche fragile teintée vanille/fraise avec un bob à fleur et un T-Shirt anti-UV.

Je m’imaginais congelée dans la brume au matin, rouge écarlate sous le soleil de midi, et complètement gaga face au soleil couchant. Je m’imaginais un endroit calme, où j’aurais juste pu être là, toute petite, au milieu d’une merveille naturelle. Juste là, à apprécier ma chance.

Je m’imaginais bien.

Mais j’ai passé une journée stressante. Tu te l’imaginais, ça ? Voilà ce que je ne m’imaginais pas :

  • Voir des dizaines, des vingtaines, des SEPTENTAINES de bateaux recrachant leur fumée noire au-dessus de l’eau. Pour imaginer le bazar, regarde des photos des usines de Dunkerque sur Google.
  • Voir quasiment autant de touristes se percuter en canoë kayak pour rentrer dans une grotte. Pour imaginer le bazar, regarde des vidéos sur YouTube intitulée « black Friday sales chaos compilation »
  • Attendre 30 minutes dans un escalier menant vers une grotte mystique, coincés entre touristes. Pour imaginer le bazar : prend la ligne 13 à Paris.
  • Compter les déchets à la surface de l’eau et se faire la réflexion qu’il devait y en avoir autant que de selfies pris en une journée dans la baie. Pour imaginer le bazar : va checker le hashtag #halongbay sur instagram.

Si j’avais su que je me retrouverais aussi serrée là-bas que dans un pogo, si j’avais su qu’on allait me présenter un dépottoir, j’aurais fait une croix à contre cœur sur un rêve de gosse.

Et c’est en revenant que je ne m’imaginais pas non plus la qualité des échanges que j’aurais avec les gens. À commencer par : « Bah tu t’attendais à quoi d’autres ? ».
Ainsi que des remontrances de type : « Faut pas se plaindre t’y es allée c’est déjà bien ».
Sans oublier le magnifique mais néanmoins très vexant : « Euh pardon mais toi aussi t’es une touriste ».

Ok, ok : je me plains, oui. Beaucoup. Mais si aujourd’hui je dépose mes chouineries noir sur blanc c’est parce que quand c’est trop C’EST TROPICO. – Suite à cette blague nulle à chier l’ambiance devint rapidement pesante et malaisante – Ici il s’agit d’une râlerie de haut niveau, que d’ailleurs la rédac chef d’Amavi trouve intéressante à travailler alors, déjà, je vous met 1-0 là.

Je n’ai pas trop envie de m’excuser de mes plaintes parce que je n’ai pas apprécié mon séjour à Ha Long Bay. Je n’ai pas trop envie de dire « Bah ouais t’as raison chui con à quoi je m’attendais ? ALLER ALLER ENCORE UN TOUR ! ».

Je suis une putain de naïve, j’ai encore une imagination débordante et des rêves de gosse qui n’en finissent plus. J’aimerais poursuivre mes délires d’aventures sans avoir à éviter les Nouvelles Merveilles de ce monde, parce qu’on ne sait pas en prendre soin. J’aimerais que ça paraisse anormal de croiser des foules innombrables au détour d’une ruine historique. Que ça paraisse inconcevable de lâcher des ordures à la cool en croyant que le Golfe du Tonkin = la poubelle de ta salle de bain.

J’en viens donc à poser ça là :

Le tourisme durable, dont la mission est, je cite, de « rendre compatible l’amélioration des conditions environnementales et sociales qui résultent du développement touristique avec le maintien de capacités de développement pour les générations futures ».

Aujourd’hui, je suis honnête avec toi, je n’ai absolument pas toutes les clés en main, ni conscience des enjeux du tourisme en règle générale. J’en suis à la phase de constat, celui-là même : à mon âge j’ai déjà eu la chance d’en voir des choses, mais à chaque fois, ça m’a gavé tous ces semblants de parcs d’attractions, implantés sur des sites témoins de nos histoires et de nos héritages (non, Stéphane Bern n’a pas sponsorisé ce billet). J’ai envie de repenser ma façon de vadrouiller, parce que je trouve que je voyage mal.

La prochaine étape c’est la documentation approfondie : je veux en apprendre plus sur ces gens qui œuvrent pour permettre à des générations de partir découvrir le monde, son histoire passée, et ce qu’on va leur laisser. À ceux qui lisent ces lignes, qui en savent plus, ou qui s’interrogent, je déclare la discussion ouverte. 😊

 


 

Anne a contribué les deux très belles odyssées sur le Vietnam – Hanoï et Ha Long Bay.

 


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