COIN DES ORATEURS

July 20, 2018

[CDO] L’ART DE PRENDRE SON TEMPS – LE CHÔMAGE


 

Oratrice: Sibylle Rose – Retrouvez ses nouveaux articles sur son nouveau site : www.alaroze.com

 


 

Je suis au chômage. Je l’ai décidé. Il ne m’était plus possible de rester. L’inactivité, nous n’en avons pas l’habitude et pour beaucoup de gens, c’est un moment redoutable. Plusieurs de mes proches l’on très mal vécu. On a beau envoyer des candidatures, on se rend vite compte que ça ne sera pas simple et la confiance en soi prend généralement un coup.

La différence, c’est que dans la mesure où je l’ai choisi, je me dois d’être à la hauteur. Il m’incombe d’en faire une expérience positive. La période aide: les journées sont longues, le soleil se montre souvent, les gens déjeunent en terrasse, je peux aller chercher mes amis après leur travail…

Je n’ai jamais eu de pause. J’ai toujours tout enchaîné dans ma vie. J’ai donc pris la décision de m’arrêter, de découvrir ce qu’il y a d’aussi effrayant dans l’inactivité (mis à part les économies qui vont forcément s’amenuir, mais elles vont finalement remplir leur utilité initiale : être là quand j’en ai besoin).

Pour l’instant j’ai de la chance. J’ai pu faire plusieurs choses: déjà, j’ai passé beaucoup d’entretiens qui, même sans avoir abouti, m’ont néanmoins permis de prendre confiance dans ma manière de me présenter et de présenter mon parcours. Ça vient au fur et à mesure. J’ai aussi vécu de belles choses: un road-trip en Bretagne avec mon père, une retraite de yoga pendant 3 jours en Normandie, expérience dont je rêvais depuis longtemps, une journée ensoleillée à Rouen…

Sauf que. Sauf que. Le poids de l’image du chômeur, la sensation que l’on attend de moi d’être désespérée, au fond du trou, s’est mis à me peser. Je me sentais bien, je profitais, mais subrepticement, j’ai commencé à culpabiliser. La culpabilité d’apprécier le moment présent, d’être heureuse de m’octroyer du temps. J’ai commencé à penser que je devais me sentir mal, que je devais être honteuse de ma situation.

Au final: pourquoi faire ? Tu en es là alors, qu’est-ce qui te serait le plus utile ? Prendre ce temps pour savoir ce dont tu as besoin et envie ou te sentir mal, gâcher cette opportunité pour finalement te retrouver un an plus tard entrain de pleurer dans le métro parce que tu es épuisée ? J’ai fait un choix, qui finalement est logique. Faire ce que j’ai à faire, mais profiter, pour ne pas le regretter. On verra où j’en suis dans 6 mois, il faudra que je refasse un point avec moi-même mais en attendant: tu viens de commencer, le soleil brille donc calme toi et respire.

Une fois le cap de la culpabilité passé, j’ai réussi à accepter plus facilement de faire des choses qui me font plaisir et de profiter de cette période de calme. Tout s’est simplifié dans ma tête. Voici ce que je fais de mes journées, en plus de ma recherche d’emploi:

– Je fais de longues balades à pieds. En fonction de mon corps et du temps, je pars souvent marcher entre 2 à 4 heures. J’ai le pas léger et le sourire facile dans ces moments là. Je me sens libre. J’ai même osé aller faire une randonnée en forêt, seule. Juste pour me prouver que je pouvais y arriver sans paniquer (et j’avais bien entendu prévenu la terre entière de mon chemin au cas où je croise un fou). Je ne le referais pas, car j’ai croisé des hommes seuls ne m’inspirant guère confiance par moments, mais je voulais me prouver quelque chose. Aller dans la forêt, puis en ressortir différente. J’ai passé une étape importante de mon propre voyage initiatique.

– Je m’en vais lire et prendre le soleil dans le petit parc qui se trouve à côté de chez moi. Rien de mieux que de mettre les pieds dans l’herbe. Ce n’est pas mon jardin, mais je fais comme si.

– Je lis, je lis. J’ai même redécouvert les joies de la bibliothèque (i’m on a budget). Si j’ai envie de lire pendant des heures, je ne me prive pas. La bibliothèque me permet de prendre des livres que je n’aurai pas acheté: j’élargis donc mon champ de perspective. Bien sûr, ils n’ont pas forcément tout ce que je souhaite, mais ils ont forcément quelque chose qui peut m’intéresser.

– J’utilise une application avec laquelle je peux avoir des cours de yoga à un prix plus que raisonnable.

– Un point qui m’est étrangement agréable: je peux tranquillement faire mes courses à des horaires en dehors de tout tumulte. C’est un luxe. Je suis en plein changement de fond, et depuis octobre dernier mes habitudes d’achats ont énormément changé, ainsi que mes habitudes alimentaires. Je n’achète plus de plats préparés, je favorise le vrac quand c’est possible ou des emballages autres que le plastique. Je n’achète plus que des fruits et légumes venant de France. Un long processus.

– Je fais diverses choses que je m’étais engagée à faire auprès de mes amis (des illustrations surtout).

Au final, jusqu’ici je ne m’emmerde pas du tout. À voir en effet quand cela fera longtemps. Je commencerais sûrement à me lasser mais cela fait aussi partie du processus: je serais alors prête à repartir pour de nouveaux projets. Pour l’instant je prépare mes vacances avec ma famille, qui est pour moi le moment le plus important de l’année.

Je passe beaucoup de temps à faire des choses qui me font du bien. Je prends le temps de me faire du café avec la cafetière à piston, je prends le temps de prendre l’air en faisant un tour de quartier, ou en allant au parc. Je refuse de paniquer concernant ma situation. Chaque chose en son temps.

À l’aide du travail entamé avec la psychologue, je crois que je commence enfin à être en dialogue avec moi-même et non avec ce qu’on attend de moi. L’angoisse s’apaise. La confiance s’installe, petit pas après petit pas. Je saurais trouver quelque chose, et qui me plaira.

S’il devait y avoir une conclusion à ce post, je dirais peut-être que l’important, parfois, c’est la perspective que l’on a sur la situation. Je commence à apprendre à dire « oui » aux expériences autour de moi, et à voir les opportunités sans sur-analyser, ou tout anticiper.

 

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  1. Holly

    August 21st, 2018 at 3:08 AM

    Thanks to the excellent guide