COIN DES ORATEURS

July 16, 2018

[CDO] L’ART DE (RE)COMMENCER LE YOGA


 

Oratrice: Sibylle Rose – Retrouvez ses nouveaux articles sur son nouveau site : www.alaroze.com

 


 

Je me réjouie de voir de plus en plus de personnes adhérer à la mouvance Slow Living. Prendre son temps pour vivre, décider que respirer, c’est possible. Et comme j’en entends souvent parler autour de moi, j’ai l’impression que ça commence à s’imposer.

Néanmoins, j’avoue que même si je vois souvent ces mots apparaître dans les hashtags ou les bios sur Instagram, je ne les vois pas (encore) dans ma réalité. Peut-être est-ce lié à Paris, mais autour de moi tout le monde semble ultra-productifs, même dans leurs hobbies, toujours avec un emploi du temps de ministre : on se retrouve à faire des Doodle pour « se trouver des créneaux » et ce décalage, cette sensation d’être à contre-courant dans mes envies comparé aux personnes qui m’entourent, me déstabilise.

Si je vous parle de cela, c’est que ça me fait penser au fait que je vois aussi de plus en plus de personnes se mettre au yoga. Comme pour le slow living, je ne peux en être qu’heureuse mais de la même manière, je ressens un décalage entre les préceptes de la pratique et la manière dont les gens se l’approprie.

J’ai commencé ma pratique au lycée lors d’une période difficile. Je ne connaissais alors peut-être qu’une seule personne pratiquant le yoga, et encore, sans certitude. Ce fut une découverte libératrice: pas de compétition, pas de « je suis nulle / je suis forte » mais une activité individuelle où nous travaillions en fonction des limites de notre corps et de notre mental. C’était un cours pour les ados et nous étions 4. C’était donc un moment privilégié avec le professeur, une personne que je n’oublierais jamais. Elle savait adapter ses cours en fonction de nos cheminements personnels. Elle nous demandait de la précision dans chacun de nos mouvements, surtout ceux où nous ne faisions pas assez attention car ils semblaient « simples ». C’était une bulle où nous allions chacune à notre rythme sans se poser de question.

Je n’ai plus suivi de cours pendant mes études supérieures, mais j’étais heureuse d’avoir à ma disposition des exercices de respiration à faire lors des moments de stress.

J’ai décidé de reprendre de manière régulière le yoga il y a 3 ans, et de ne plus seulement faire des vidéos par ci, par là. Le lien qui se crée avec un professeur, la confiance qu’on lui donne pour qu’il nous aide à évoluer, me manquait. Cette fois, changement de registre : fini les cours adolescents, fini les cours en petit comité. N’ayant pas les moyens de me payer une année d’abonnement dans un studio parisien (les prix peuvent être fous), je prends des cours à l’unité, ce qui n’est clairement pas l’idéal pour recréer du lien. Il m’est déjà arrivé d’être dans des cours avec une quinzaine de personnes dans des salles trop petites et de toucher la personne à côté par inadvertance en levant les bras au ciel. Je découvre aussi maintenant le poids de l’image qui se renvoie sur Instagram avec des photos magnifiques de postures de yoga par des filles qui parfois n’en font que depuis 1 an. Autant vous dire, que ce n’est plus l’ambiance New Age de mes débuts ! C’est différent.

Mais je voulais surtout en venir à un point qui me semblait important : la patience, et la bienveillance lors de votre pratique. Il est essentiel de se souvenir que vous n’êtes pas obligés d’être productifs dans vos hobbies, et qu’il n’est pas nécessaire de réussir telle ou telle posture pour être légitime. Ne vous mettez pas d’objectifs. Certaines postures sont dures pour certains et faciles pour d’autres, c’est personnel. Certains ont de la souplesse dans les jambes, d’autres non. Certains ont de l’équilibre, d’autres non.

Il y a aussi une forte importance du mental: depuis que j’ai démissionné, que je me suis jetée dans un bassin d’eau froide, je ne retrouve plus les équilibres que j’avais construit avant ! Vous venez sur le tapis avec votre propre lot de résistance, alors prenez simplement le temps de profiter, et d’écouter votre corps, c’est déjà énorme ! Évoluer, changer, avoir de nouvelles perspectives, ça prend du temps, et parfois sans pouvoir expliquer pourquoi, ça se décoince. Soyons patients avec nos corps. Tout doux. Sans pression.

Je ne sais pas si cette petite « astuce » peut aider quelqu’un mais de mon côté pour éviter d’être tentée de regarder les autres (et parce que je suis myope), je me mets au premier rang dès que j’en ai la possibilité. Aussi, je ferme les yeux dès que la posture le permet, pour me focaliser sur mes sensations.

« Mais je vais être ridicule devant, je n’en ai jamais fait ! » La clef est là: on s’en fout. Il n’est pas question d’être ridicule, mais d’être présente, c’est tout. Vous êtes là, vous essayez, c’est le plus important. Ne vous jugez pas, à quoi ça sert ? À rien, c’est un hobby.

Le yoga est là pour vous aider à prendre du recul sur votre quotidien, et non pas pour vous culpabiliser, prenez ce que vous avez à prendre.

PS. N’étant pas professeur de yoga, ce texte est purement subjectif, basé sur ma pratique personnelle au fil des années.

 

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