COIN DES ORATEURS

July 13, 2018

[CDO] L’ART D’ENTAMER UNE PSYCHOTHERAPIE


 

Oratrice: Sibylle Rose – Retrouvez ses nouveaux articles sur son nouveau site : www.alaroze.com

 


 
Aller voir un psychologue.

C’est quelque chose qui semble relativement banal, n’est-ce pas ? Que l’un de nos proches y aille ne nous surprend même pas. Autour de moi, il est tout à fait accepté socialement d’y aller. Sauf qu’en fait, je me suis rendue compte que cette relation décomplexée ne l’est finalement que lorsque nous ne nous sentons pas concerné !

J’étais la première étonnée. J’ai toujours conseillé à mes amis lors de périodes creuses d’aller voir quelqu’un, que ce n’est pas un signe de faiblesse, que ça montre que tu as fait un pas vers la guérison, que tu es mature puisque tu prends les choses en main et que ça fait du bien de parler à quelqu’un qui ne connaît pas tes proches, qui est neutre… J’aurai pu passer 20 minutes à vous convaincre d’y aller mais le vieil adage «  faites ce que je dis mais pas ce que je fais » n’a jamais été aussi pertinent.

Il m’aura fallu 10 ans (à peu près) pour accepter d’y aller. Pour être plus précise, j’aurai pu y aller plus tôt mais je n’avais pas la force d’appeler. J’avais le numéro via mon médecin généraliste, mais je n’y arrivais pas. À chaque rendez-vous, je redoutais son regard perçant et la question fatidique qui suivrait pour me demander si j’y avais été. J’avais environ 16 ans, j’avais peur et aucune envie de « remuer la merde » en en parlant pendant des heures.

On espère toujours que les choses passeront d’elles même. Mais de mon côté, cela n’a pas marché, et un abcès s’est formé. Je pense que c’est en partie à cause de cela que soudain, sans élément déclencheur particulier, je me suis sentie craquer. J’avais été trop loin dans l’ignorance de mes besoins.

Maintenant que j’ai enfin réussi à passer le cap, je souhaite en parler publiquement pour que d’autres personnes évitent, comme moi, de « perdre » 10 ans en faisant l’autruche. La santé mentale est primordiale. On essaye toujours de se dire que l’on est forts, que l’on peut continuer sans soucis, alors qu’en réalité, nous ne sommes courageux qu’au moment où nous décidons enfin d’affronter nos problèmes.

Le déclic

Pour commencer, je n’allais pas bien et je n’avais aucune raison « valable » de me trouver dans cet état. Ayant un passif, j’ai reconnu des signes avant-coureurs m’indiquant que la situation était sur le point de dégénérer. Dans ces moments là, une petite alarme mentale s’est réveillée dans mon cerveau. « Alerte ! Alerte ! Nous avons un code Rouge devant nous, je répète Dépression en vue ! ». J’ai cru que c’était reparti pour un tour. La différence, c’est que cette fois j’ai décidé que c’en était assez. Que j’avais suffisamment donné. J’avais réussi à en sortir une fois, et tout mon être refusait d’y retourner. Peut-être était-ce la fois de trop ? Ce qui est certain c’est que c’était la première fois que je réagissais ainsi. Mon instinct de survie, ou ma petite flamme intérieure, ou mon amour propre, appelez-le comme vous le souhaitez m’a poussé à prendre les choses en main.

Il m’a fallu plusieurs mois avant de réaliser que je n’avais pas le choix : si je voulais aller mieux, je connaissais la procédure, je connaissais le chemin. Celui que je ne voulais pas emprunter. Il fallait que je prenne mon téléphone et que je passe le coup de fil qui me terrorisait depuis si longtemps.

J’aurai aimé dire que j’avais simplement eu un déclic et que tout s’était débloqué, donner l’espoir aux autres que cela peut se passer en un claquement de doigt. Ce n’est pas comme cela que ça s’est passé pour moi. Par contre, je peux vous parler de deux éléments qui m’ont aidé :

1. J’en ai parlé autour de moi, tout simplement.

J’ai demandé à mes proches, à mes amis, s’ils voyaient un psy, s’ils en avaient vu un et s’ils pouvaient m’en recommander. Je n’ai pas seulement demandé aux personnes dont j’avais la certitude qu’ils consultaient, mais aussi à ceux qui n’en auraient pas parlé ouvertement. Ce n’est pas un sujet que l’on aborde facilement autour d’un spritz mais ça m’a permis d’ouvrir le dialogue et de faire savoir à mes proches que je n’étais pas forcément au top à ce moment là. Parallèlement, je commençais à démystifier le psy dans mon esprit, un processus important puisqu’à force de le repousser, je m’en étais fait toute une montagne. Grâce à ces échanges j’ai pu récupérer les numéros de plusieurs praticiens, dont le contact de la personne qui deviendra plus tard ma psychologue.

2. Le hasard.

Lors d’une venue de mes parents à Paris, j’ai demandé à ma mère que l’on fasse un tri dans ses anciens livres qui prenaient de la place dans mes placards. Alors que j’attends sa sentence concernant l’avenir d’un des bouquins, elle fixe le livre que je lui tend, me regarde, et annonce enfin le jugement : « Celui là, il faut que tu le lises ».  L’avenir de ce livre était maintenant lié au mien.

« Les mots pour le dire » De Marie Cardinal.

Pour l’expliquer simplement : c’est l’histoire vécue de son autrice qui sombrant dans la folie, trouvera son salut à travers une psychothérapie qui durera 7 ans – si mes souvenirs sont bons.

Le livre réussit à vaincre mes dernières résistances, en me permettant de comprendre le déroulement d’une séance, les obstacles que l’on y rencontre, ainsi que ses bienfaits. Il me permet également de me sentir suffisamment armée pour me lancer dans ce combat (qui finalement, n’en est pas un). Ce livre n’a rien de magique, mais s’il a eu un tel impact sur moi, c’est sûrement aussi à cause du hasard de sa venue dans ma vie ainsi que la symbolique de ma mère me le donnant.

Cela fait maintenant plusieurs mois que j’ai commencé à aller chez le psy. J’ai fait le premier pas début janvier, au moment où mon contrat de travail allait prendre fin. Je savais qu’après avoir quitté mon CDI, si je voulais vraiment grandir et « briser le cercle » il fallait que ce nouveau départ ne soit pas pris dans la demi-mesure.

Maintenant que le travail est entamé, je trouve cela fascinant et je m’étonne d’avoir autant repoussé ce moment. Cela fait du bien d’avoir un endroit où je peux parler sans toujours avoir en tête qu’il faut être « juste », où je n’ai pas à édulcorer mes sentiments pour ne heurter personne.

D’un point de vue physique, je suis surprise que ce soit aussi intense. Je ressors toujours avec une migraine, je me sens faible et comme mon rendez-vous est en fin de journée j’en ai l’appétit coupé. Je rentre alors chez moi, pour me diriger directement vers mon lit pour sombrer jusqu’au lendemain matin, où je me sentirais un peu plus légère que la veille.

J’ai la sensation de désherber un jardin à l’abandon depuis beaucoup trop longtemps et qu’un fois ce travail de fond effectué, je pourrais enfin me poser la question de ce que je souhaite y re-planter. Cela m’aura pris 10 ans, mais finalement, je pense c’est le temps qu’il m’a fallu pour être mûre, prête à me faire cueillir.

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