ETRE PARENTS, LA VIE

June 12, 2018

[L’ART DE] DEVENIR MAMAN – LA GROSSESSE

 

Le 23 juin 2017 à 17h01 Alma est née à l’hopital VUmc Zuid d’Amsterdam.
Le 23 juin 2017 à 17h01, je suis devenue maman. 

Je ne pense pas avoir eu une grossesse conventionnelle. Ou en tout cas, si elle n’était pas hors-normes, elle ne ressembla en rien à l’idée que je me faisais d’attendre un enfant. Aillant comme principal point de référence les films américains remplis de femmes pulpeuses, rayonnantes et impatientes, j’ai eu beaucoup de mal à m’adapter à ma réalité : des insomnies, des douleurs, des nausées incessantes et la difficulté honteuse de se représenter mère et de faire le lien entre les sacrifices du corps et la réalisation de son nouveau moi.

Ne sachant mentir, j’ai choqué plus d’un(e) proche en avouant franchement détester les “petits bonheurs” de la grossesse.

J’ai failli perdre Alma à deux reprises à quelques jours d’intervals pendant les fêtes de Noël. Des contractions à 4 mois qui si elles avaient abouties auraient menées à un accouchement sans espoir. Après une auscultation d’urgence à 3:00 du matin dans un hopital du nord de la France, on me fait comprendre que la vie de mon enfant est entre mes mains :

“On ne voyage plus, on ne travaille plus, effort minimum et tout se passera bien”

Je trouvais déjà l’expérience fort désagréable et voilà qu’en plus je me retrouve immobilisée. Il me reste 5 mois. Je suis frustrée, épuisée et terriblement triste. Car même si j’ai du mal à intégrer que ce ventre qui s’arrondit abrite le corps de ma fille, j’ai peur de la perdre. Je ne veux pas lui faire du mal.

En revenant aux Pays Bas, des analyses plus poussées expliquent mon état : je fais de l’hypothyroïdie. Ce n’est pas une maladie grave mais elle est handicapante. L’influence de la glande thyroïde sur l’organisme est majeure : son rôle est de réguler le métabolisme de base des cellules de notre corps. Elle contrôle la dépense énergétique, le poids, le rythme cardiaque, l’énergie musculaire, l’humeur, la concentration, la température du corps, la digestion, etc. Elle détermine ainsi l’intensité de l’énergie faisant fonctionner nos cellules et organes. Chez les personnes présentant une hypothyroïdie, cette énergie fonctionne au ralenti.

Je m’arrête entièrement de vivre pendant quasiment 4 mois. Je regarde par la fenêtre le temps qui passe. Je vais de mon lit au canapé, du canapé au rocking chair. Je n’ai plus la force de lire, ni même de trouver le temps long. Je vie, et puis c’est tout.

D’un coup on trouve le bon dosage médicamenteux et je récupère toutes mes capacités. C’est extraordinaire le jour où votre corps se réveille, où ils redécouvre les plaisirs simples de la marche. Et puis ce ventre! D’un coup il grossit et se développe en l’espace de quelques jours. Plus rien ne me dérange. La vie était si fade que j’accepte tous les maux qui me reviennent. Je commence à lui parler. Je m’impatiente de la rencontrer. Je sens la vie qui se développe en moi et je trouve ça extra-ordinaire.

Après avoir prié qu’elle reste au chaud suffisament longtemps pour que la médecine puisse prendre le relais en cas d’accouchement prématuré, voilà que je dépasse ma date prévue d’accouchement. Je marche 6 à 7 kms par jour avec Loïc dans l’espoir qu’elle arrive. Rien n’y fait. A 40+5 on me déclenche naturellement, une experience fort désagréable mais efficace car d’heure en heure je sens les contractions s’accentuer.

Au Pays Bas l’accouchement doit se faire de la façon la plus naturelle possible. Quelques mois avant la naissance on reçoit chez soi une boite avec tout ce qu’il faut : une “bâche” à mettre sur le lit. Des plots pour le sur-élever si la sage-femme pense qu’il est trop bas. Des compresses, des serviettes, de quoi clipser le cordon ombilicale. Autant dire de quoi sérieusement perturber quelqu’un qui n’est pas habitué à cette approche. Alors que je souhaite m’enregistrer à l’hôpital, on me répond que j’accoucherai à la maison “comme tout le monde”. Je ne pense pas être prête à vivre une telle experience mais je m’en convainc petit à petit et lorsque les contractions sont si fortes que je ne peux plus faire une phrase en entier j’appelle la sage femme, prête à donner naissance à mon enfant dans mon petit appartement du Pijp avec Loïc et Lily comme soutient. Mais lorsqu’elle m’ausculte et m’annonce que je ne suis qu’à 3/10, je perds toute ma bonne volonté et je réclame un hôpital et une péridurale. Sur le champs.

Les hôpitaux sont pleins, je panique. Enfin on trouve une place au sud de la ville. Je suis secouée par la douleur, comme paralysée. J’ai envie de crier mais je me tais. Plus la douleur s’intensifie et plus je m’introvertie. Je ne veux plus parler, je ne veux plus qu’on me touche. Je me répète la même phrase en boucle jusqu’à ce qu’on me pose la péridurale et que je retrouve un peu de répit. Au final je serais restée plus de 14h à l’hôpital avant de donner naissance à Alma.

Alors que j’atteins 10/10, les signaux vitaux sont difficiles à suivre. J’ai une demi-heure sinon ce sera césarienne d’urgence. L’accouchement se déroule en hollandais. En moins de quelques minutes, Alma prend sa première bouffée d’air et on pose sur ma poitrine une petite chose gluante dont je partage un long regard. Je suis en train de vivre mon premier coup de foudre. Comme dans les films. Et je comprends qu’on l’appelle ainsi. Je suis tétanisée par la quantité d’amour que j’ai pour elle. Voila la partie à laquelle je croyais pas. On m’avait tant parlé du baby blues, on m’avait prévenu que je ne ressentirais peut être rien pour cet étranger au petit bonnet de laine. Et pourtant, tous les signes sont là!

Mais pas le temps de s’attarder. Après à peine quelques heures pendant lesquels ils font les tests vitaux, nous sommes remis dehors. Il est presque minuit quand j’appelle ma soeur pour qu’elle vienne me chercher pour nous ramener à la maison. Nous passons la première nuit dans la canapé avec Alma emmitouflée bien qu’il fasse une chaleur caniculaire. Je ne sais pas allaiter, je n’ai pas la force de la prendre ou de changer une couche, mais il le faut car nous n’aurons aucune aide avant le lendemain.

Comme si c’était une introduction à l’année à suivre, nous apprenons à s’occuper d’elle en essayant de se fier à notre instinct. Quand enfin le soleil se lève, une puéricultrice se présente chez nous et prendra le relais pendant 6 jours. Comme un ange venu du ciel, elle s’occupe de moi et d’Alma et m’apprend à devenir maman avec douceur et bienveillance.

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